Le Blues est-il fini ?

 

Tout le monde connaît le blues, ce genre musical à l’origine de la musique contemporaine, et actuelle. Les grands artistes comme BB. King ou Eric Clapton ont marqué l’Histoire, mais le blues a commencé bien avant eux et continue de se réinventer. À présent, on pourrait penser que seul les grands connaisseurs s’intéressent à cette musique, que le blues représente le passé et un style orienté ‘rétro’. Il est donc naturel de se poser la question suivante : Mais que devient le Blues ?

En premier, d’où vient-il ?

Avant d’être un genre musical composé de plusieurs instruments, c’est « a cappella » qu’on chantait le blues. En effet c’est un style qui provient des chants de travail lors de la ségrégation raciale qui s’opérait aux États-Unis durant XIXème siècle.

Il est aujourd’hui très difficile de comprendre la douleur et la peine qu’on vécu les esclaves dans les champs de cotons, mais en écoutant du blues, on peut retrouver ces sentiments et émotions auxquels ont fait face tant de personnes.

Le blues est un héritage de l’esclavagisme, au-delà du fait que ce soit un genre musical, c’est aussi un moyen de comprendre l’Histoire d’un point de vue concerné, d’interpréter les paroles pour découvrir des témoignages des conditions de vie et de travail.

Extrait de « Song from a Cotton Field » de Bessie Brown

Le blues est constitué de nombreuses inspirations, la religion est par exemple un des piliers du blues ‘originel‘, très tôt les esclaves sont convertis au christianisme, certes leurs religions propres restèrent pratiquées mais assez rapidement les Africains-Américains devinrent de fervents croyants, car le christianisme leurs permirent une meilleure intégration aux États-Unis. On retrouve cette inspiration dans la morale des paroles de chansons blues, qui font passer des messages à portée religieuse.

Le blues accorde à la population noire une liberté d’expression, qui évolue au fil de l’histoire, passant d’une époque de répression où les personnes noires n’avaient pas le droit à la parole, à une époque de tolérance où elle acquit une certaine notoriété dans le milieu musical.

D’abord joué et chanté par des chansonniers en duo ou en solo dans des bars, des petits spectacles ou encore dans du théâtre de Vaudeville, mais ensuite aussi interprété dans les églises avec le Gospel, puis dans des grandes représentations avec des orchestres et des enregistrements à partir des années 20, le blues change de forme et passe d’une musique locale, avec des instruments rudimentaires à un ensemble instrumental évolué, et une musique internationale.

En évoluant, le blues laissa apparaître de nombreux courants musicaux issus de ces mêmes origines comme le country, le jazz et le Rock ‘n’ Roll.

Le progrès de la musique, avec la guitare électrique, les premiers pianos analogiques, ainsi que le progrès social influencèrent grandement le blues, cependant les rythmiques de base et les grands standards se perpétuèrent jusqu’à maintenant.

Le blues, l’histoire d’une musique transformée par son environnement

Une vie entière serait probablement trop courte pour connaître tout sur le blues mais il est tout de même possible d’illustrer cette musique par ses grandes périodes caractéristiques, avec ses artistes majeurs et ses anecdotes.

Avant toute chose, pour comprendre le blues, il faut d’abord en écouter, voici un morceau incontournable du blues :

Sweet Home Chicago – Robert Johnson

Pourquoi ce morceau est un incontournable ? Probablement car il peut représenter le blues à lui seul. La rythmique est basée sur une pompe typique blues et des accords sur une structure AAB qui sont les fondamentaux du blues. Il fut fortement inspiré d’artistes peu connus mais c’est Robert Johnson qui enregistra ce morceau culte, et d’innombrable fois repris.

Robert Johnson est un artiste très considéré dans ce mouvement musical, car il a créé un changement dans le blues, c’est un modèle de réussite, car c’est un guitariste qui vient du milieu rural et en très peu de temps il a réussi à instaurer un nouveau blues reconnu par tout le public américain urbain. Il fut le premier artiste à rentrer dans le ‘club des 27′, c’est ce fameux regroupement d’artistes talentueux, tous décédés à l’âge de 27 ans, dont font partie Jimmy Hendrix, Janis Joplin, Kurt Cobain ou plus récemment Amy Winehouse.

Un autre changement majeur survient avec la deuxième guerre mondiale qui modifia grandement la répartition des populations aux États-Unis mélangeant les Sudistes et Nordistes et provoqua une tournure dans le blues. En effet, la guerre étant terminée, l’ambiance aux États-Unis devient plus rythmée, le contexte sociopolitique étant à reconstruction et la fête, le blues tend à devenir un style de musique plus joyeux, avec notamment l’utilisation de la guitare électrique et l’arrivée de légendes comme BB. King.

De nombreux titres émergent de cette période, entre autres :

Mannish Boy– Muddy Waters

Cette chanson est composée sur un rythme en stop-time avec un seul accord. C’est typiquement un changement dans le blues, même si ce genre de structure n’est pas totalement nouvelle dans le blues, elle reste rare, et jusqu’ici peu reconnue par le grand public. Le blues se démocratise un peu partout et des artistes comme Willie Dixon, Chuck Berry, Howlin’ Wolf, John Lee Hooker, et tant d’autres voient leurs carrières décoller.

Un vent de renouveaux va ensuite apparaître dans le blues avec l’export et l’appropriation du blues en Angleterre dans les années 60-70. Cette période nommée ‘British blues boom’ fait apparaître un blues plus ‘rock’. Des guitaristes comme Eric Clapton, John Mayall, Jimmy Page, Jeff Beck, et des groupes comme Led Zepplin, The Yardbirds, The Animals ou même les Rolling Stones se mettent au blues.

Beaucoup de musiques marquantes se composent, un exemple représentatif serait :

I‘m a man – The Yardbirds and Jimmy Page

En premier écrit et interprété par Bo Diddley, vous reconnaîtrez sûrement quelques similitudes musicales avec ‘Mannish Boy’, car la chanson de Muddy Waters était une réponse à celle de Bo Diddley à l’époque. Les Yardbirds comme beaucoup d’artistes anglais de ce courant reprirent de grands standards du blues en les actualisant et en les personnifiant.

Le blues étant un mouvement porteur des courants musicaux actuels, son évolution depuis les années 80 peut se décomposer en deux parties, avec le blues ‘traditionnel’ qui continue d’être créé et interprété par les grands noms du blues et de nouveaux musiciens, et le blues ‘moderne’, qui constitue les structures des groupes de Rock, mais autant le Jazz, le Hip-Hop et donc le Rap.

Les artistes de Blues ‘traditionnel’, continuent leurs carrières comme Eric Clapton, Bonnie Raitt, Gary Moore, Miles Davis, et bien sûr BB. King jusqu’à la fin.

Pour citer quelques musiciens de blues ‘moderne’, il y a Ben Harper, Joe Bonamassa, John Mayer, Bror Gunnar Jansson, etc. Mais il est difficile de choisir un artiste en particulier qui marque le blues, car c’est encore une nouvelle page qui est en train de s’écrire pour le blues et il n’est pas évident d’identifier ceux qui marqueront l’Histoire.

Un morceau de blues récent :

Ain’t No Grave – Bror Gunnar Jansson

Finalement

Est-ce que le blues est en train de s’éteindre ? Bien évidemment que non, il est simplement encore en train de se réinventer, comme il l’a toujours fait, il suffit de faire quelques recherches pour trouver des artistes récent qui se mettent à composer du blues.

Chacun à sa propre façon d’aborder la musique, et par conséquent on a tous nos préférences musicales, mais il est certain qu’on a tous dans nos playlists, des musiquse qui viennent du blues. Même si le blues n’est plus ‘à la mode’ il restera toujours des classiques que tout le monde écoutera.

Mattéo TANGHE

 

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