Pixel, Métro, Dodo

Les trajets en transports en commun peuvent être long, parfois fastidieux, et on se retrouve très régulièrement à être coincé entre tout le monde, chacun trouvant alors sa petite activité pour pouvoir s’extirper un temps de ce moment peu appréciable à travers nos jeux, nos vidéos à regarder, les actualités de la journée et j’en passe. C’est dans cette idée que, pour rythmer mes trajets quotidiens, je me suis porté sur une application nommée 8bit painter, une application de dessin destinée exclusivement au pixel art. Mon esprit embrumé à 8 heures du matin se posa alors ces questions   D’où vient ce mouvement et comment a t-il survécu aujourd’hui ? Comment lui et ses dérivés interviennent-ils dans nos mediums favoris ? 

Une histoire de limites

A l’époque de sortie des premiers jeux vidéos jusqu’à l’émergence des premières consoles permettant d’user des moteurs 3d, les studios de développement ont dû regorger d’intelligence pour habiller graphiquement leurs œuvres, s’adaptant aux limitations graphiques des consoles, apprenant à donner une impression de vie à un simple personnage, à un décor, tout en créant une véritable cohésion artistique.

Le moindre pixel comptait, et une animation pouvait tout simplement être ratée si le travail effectué sur un sprite (une image fixe au sein d’un ensemble d’images composant une animation en 2d) était de mauvaise qualité.

Metal Slug – (C) SNK

Cela contribua à créer une véritable identité graphique forte à chaque génération de consoles, et ce style survécu même à l’apparition massive des jeux en 3d. Des développeurs comme le japonais SNK continuant à créer des jeux arcade 2d de qualité exemplaire, le graphisme épousant parfaitement la jouabilité, offrant une vrai réponse visuelle aux actions du joueur. Puis vint le déclin entre 2006 et 2010, jusqu’à un retour en force avec le boom des jeux indépendants et la mouvance du retro-gaming à travers les plateformes de streaming et, puis, plus tard, Twitch.

De l’écran à la rue

Aujourd’hui, le style retro/pixel a sensibilisé une nouvelle tranche de population, nourrie par la culture vidéoludique et populaire, par le geek art et pour certains, par des outils de développement comme RPG Maker ou Game Maker, et ce mouvement s’est largement extirpé de son medium d’origine pour toucher de nouveaux territoires.

Une partie du grand public a été sensibilisé aux travaux de Franck Slama, aka Invader, qui use de la technique de la mosaïque pour transposer le jeu vidéo dans les rues. Il diffuse dans les rues du monde entier sa vision, rendant également hommage aux jeux de son enfance tout en jouant avec la filiation pictural que l’on peut faire entre l’application de la mosaïque et le pixel art.

Fantômes de Pac-Man – (c) Invader

Gustavo Viselner a prit quant à lui la décision de rendre hommage au cinéma à travers des plans reprenant le mode de colorimétrie des jeux de la génération 8 et 16-bits, touchant également les fans de jeux d’aventure des années 90 dans ses oeuvres.

Alien – (c) Gustavo Vilender

A l’inverse, et au vu de sa thématique, le film Scott Pilgrim vs The World se permet de jouer avec le Pixel art et le Voxel Art par petite touche pour transposer les planches du comics d’origine, entremêlant culture geek, romance et phase de combat, usant également des sons typiques de la Super Nintendo et des consoles SEGA à certains moments du film. Avec de plus gros sabots et jusqu’à l’écœurement, le très moyen Pixels use du voxel pour donner vie aux icônes du jeu vidéo des années 80 pour les faire combattre face à ses protagonistes.

La liste est encore longue si on s’attarde sur chaque création usant de près ou de loin du pixel art, le nombre de clips musicaux en usant étant assez grand, notamment dans la scène électronique.

Certains animateurs, à l’image de Paul Robertson, ont usés du pixel art comme cartes de visite et peuvent aujourd’hui prétendre vivre de cela grâce à un style qui leur est propre. Robertson ayant par exemple travaillé de nombreuses fois pour Adult Swim, pour des clips (Dj Snake, Delta Heavy) et il est également connu pour avoir oeuvré sur l’ensemble des sprites du jeu Scott Pilgrim vs The World, la boucle étant bouclée. Par son univers étrange et trash, il a marqué les esprits, et également les yeux, avec une utilisation des couleurs assez… explosive, et un jeu sur les easter eggs et références obscures.

Universe Party – (c) Paul Robertson

Simplicité et découverte

Le Pixel art permet de s’exprimer simplement, rendant à mon sens le processus de création plus instantané et ludique, et cela nous invite à nous dépasser créativement sous la contrainte d’un format particulier. Ayant été utilisé à l’origine par des développeurs pour mettre en image ce qu’ils ne pouvaient pas faire par manque de compétences artistiques, il est à la portée de tous, mais peut devenir tout aussi complexe qu’une illustration classique dès lors qu’on s’attaque aux détails. Tout dépend de ce que vous voulez en faire.

Dans la scène vidéoludique, celui-ci s’est pleinement réintégré et est régulièrement associé à la reemergence des jeux vidéos indépendants. Certains joueurs se plaignent de la surabondance d’oeuvres en usant, mais je pense qu’il faut voir cela comme un contrepoids face aux nouveaux standards graphiques 3d. D’autre part, cela permet de redécouvrir un pan entier du jeu vidéo sous un nouvel angle, et de créer un pont entre les jeux d’autrefois et ce à quoi nous jouons aujourd’hui, comme peut le faire Hyper Light Drifter à la difficulté corsée, illustrant ici l’article, qui rend hommage à la fois aux mécaniques de jeu de ses ainés mais également par moment à certains grands moments des jeux d’aventure et des jeux de rôles japonais.

Le web fourmille désormais de tutoriels pour se former à ce style si particulier, et il n’y a aucun besoin de logiciel spécifique, la plupart des gens qui m’entourent le pratiquant ayant débutés avec Paint. D’autre part, et si vous êtes plutôt nomade et cherchez surtout à vous essayez autre chose durant vos trajets quotidiens, une pléthore d’applications sont disponible sur le PlayStore et l’AppStore.

Donc pourquoi s’en priver ?

 

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