Do CGI models  dream of electric sheep?

2018 fut une année durant laquelle nous avons assisté à l’irruption d’images CGI et d’avatars créés par l’intelligence artificielle (IA) dans des secteurs autres que l’industrie vidéoludique. Les entreprises ont perçu les avantages de cette technologie étonnante pour atteindre de nouvelles cibles, jadis considérées comme inaccessibles. CGI signifie “computer generated image” – images générées par ordinateur, ce qui décrit simplement le processus de création des images. Aujourd’hui, cette technologie est utilisée pour créer des doubles réalistes d’acteurs de cinéma, des “deep fakes” et désormais, des modèles-influencers Instagram.

 

Comment est-ce arrivé?

La campagne de médias sociaux printemps-été 2019 Balenciaga dans laquelle les modèles sont déformées et soumises à des torsions anatomiquement impossibles.

 

 La première marque de mode ayant utilisé un modèle CGI pour leur publicité fut Louis Vuitton lors de leur campagne de 2016, lorsque le directeur créatif de la marque, Nicolas Ghesquière a décidé d’incorporer Lightning, un personnage du jeu vidéo Final Fantasy

  Shudu, le premier top-modèle CGI, a collaboré avec Fenty Beauty, la marque de Rihanna, ainsi qu’avec Balmain, qui également sollicité son créateur pour donner vie à deux autres modèles pour la Digital Balmain Army.

   Sans oublier l’autre armée, celle des influenceurs Instagram CGI 2.0, qui fonctionnent comme des robots alimentés par une IA et qui bénéficient souvent d’une backstory riche et complexe. Selon cette étude, l’impact commercial  des influenceurs digitaux est desormais bien réel: https://fullscreen.com/2019/01/30/bot-or-not-exploring-the-rise-of-cgi-influencers/

 

Les trois CGI influencers les plus importants

– @lilmiquela

Robot, musicienne et activiste politique. Elle est apparue sur Instagram en 2016 et compte désormais 1,5 million d’adeptes. Son personnage est associé à l’agence Brud mais sa véritable origine reste entourée de mystère. Elle collabore avec des marques de mode, a une opinion bien arrêtée sur les droits de l’homme et les questions matérielles. Elle fréquente les célébrités de Los Angeles ainsi que son propre groupe d’amis CGI (@blawco, @bermudaisbae, @perl, @lilwavi).

 

-@shudu.gram

Shudu, nommée « premier mannequin numérique au monde », dispose d’un compte suivi par 176 000 abonnés et apparaît dans plusieurs campagnes de mode. Cet avatar est une création du photographe James-Wilson, qui fut accusé pêle-mêle, d’appropriation culturelle, d’objectification sexuelle et surtout d’exploiter l’image d’une femme noire, lui même étant un jeune caucasien âgé de 29 ans.

Wilson affirme au contraire que Shudu est un projet purement artistique: « Les modèles CGI et 3D nous offrent un moyen d’explorer ou de créer des choses jamais vues auparavant », a-t-il déclaré. “Comment pouvons-nous explorer la beauté dans un monde qui n’est limité que par les choses physiques qui nous entourent. (…) Je pense que les modèles 3D clairement étiquetés sont en réalité moins nocifs que les images retouchées non étiquetées. (…) Lorsque vous réalisez que vous regardez un modèle 3D, vous comprenez que l’ensemble de l’image est un fantasme, une œuvre d’art fictive. Cependant, lorsque nous savons que quelque chose est une photo, nous sommes moins enclins à nous demander si elle est vraiment « réelle » et plus à même de nous comparer à elle ». Wilson a fondé The Diigitals, une agence dédiée aux mannequins CGI puis a créé cinq autres modèles numériques humains et un alien.

 

– @noonoouri

« Mignonne. Curieuse. Couture » est la description de cette CGI influenceuse suivie par 292 000 abonnés. Chose exceptionnelle, c’est l’un des rares personnage dont les proportions et le rendu ne sont pas réalistes mais plutôt dignes d’une poupée-bratz. Joerg Zuber, un graphiste allemand de 43 ans, est le créateur de ce personnage artificiel. Il a conçu Noonoouri il y a sept ans avec son agence Opium Effect. Mais ce n’est que fin 2017 qu’il a réussi à la commercialiser. Elle est aujourd’hui «amie» avec de grands mannequins comme Naomi Campbell, travaille avec les marques comme Dior , Versace et Marc Jacobs, ou la ligne de maquillage KKW de Kim Kardashian… La philosophie de Zuber sur la rôle de Noonoouri est claire: elle est et restera un avatar. Il n’a jamais cherché à créer un autre idéal de beauté, qui plus est inaccessible pour les femmes. «Elle est aimée parce qu’elle permet de se plonger dans un monde de rêve » dit Zuber.

 

Et demain?

Nous pourrions potentiellement nous réveiller dans un monde où nous aurions tous un avatar numérique, comme dans un épisode, bien réel cette fois, de la fameuse et inquiétante série Black Mirror. Les avatars CGI boostés à l’intelligence artificielle vont-ils bientôt concurrencer les influenceurs et modèles humains? Deviendront-ils une cause de troubles psychiques, en imposant de nouveaux standards de beauté inatteignables? Ou au contraire, aideront-ils à faire évoluer notre perception de la beauté, en ajoutant de la diversité ?  Enfin, plus globalement, sont-ils susceptibles de remettre en question la frontière entre réel et virtuel? Nous ne pouvons hélas que le deviner, tout en gardant un œil vigilant sur les technologies en développement.

 

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