« C’est de l’art ça ? »

Je suis une grande passionnée d’art, tellement passionnée que j’en ai fait mes études pendant 5 ans. Pendant ma première année en Histoire de l’art, j’ai doublé ma masse de travail parce que j’avais jamais fait à proprement parler de l’histoire de l’art. J’ai commencé à m’améliorer, à penser comme une historienne… et la ce fut le drame. J’ai eu mon premier cours d’art contemporain du XXe siècle, vous savez, les monochromes de Rodtchenko, le bleu Klein, les Carrés Blancs de Malevitch… et la j’ai dit à ma voisine «  Mais…c’est de l’Art ça ? »

J’avais franchi la première étape, je comprenais le passé, maintenant je devais comprendre le présent. Je me retrouvais en face d’un problème artistique: l’abstraction. 

Ce qui était compliqué, c’est cette rupture entre un art beau et un art qui agit. On ne parle plus de clair-obscur, de sfumato, des touches empatées de Monet, des danseuses de Degas. Place à l’artiste engagé !

Premiers pas : pour comprendre un peu plus l’art moderne, j’appelle Madame Susie Hodge.

 

Susie Hodge a écrit « Pourquoi un enfant de 5 ans n’aurait pas pu faire cela ? L’Art moderne expliqué».  Beaucoup d’image (on adore), ce qu’il faut de texte, bref c’est un livre que j’ai toujours dans ma bibliothèque, et que je considère comme ma bible de l’art contemporain. Elle y présente 100 oeuvres de l’art contemporain ( de Hans Arp jusque Andy Warhol) ayant reçues de vives critiques du public. Et pourtant, elles marquent toutes un tournant décisif dans l’histoire de l’art.

 

 

 

 

 

Certes, c’est un art accessible mais pour mieux le comprendre, il faut tout de même une base de connaissance puisqu’il faut saisir les enjeux des pratiques actuelles. C’est la plus importante des barrières, pour les outrepasser je garde en mémoire quelques règles :

1/ L’art contemporain, c’est plus comme avant

« Je donne à celui qui la regarde ( l’oeuvre), autant d’importance qu’à celui qui l’a faite » Max Dean

On oublie la notion du « beau », des tableaux pleins de couleurs et figuratifs avec des personnages dedans, des paysages… L’artiste devient indépendant face à l’académisme. C’est un art qui nous sollicite davantage par exemple à travers des performance ou happening. On essaye de crée du lien entre l’oeuvre et le spectateur. L’artiste aura tendance à privilégier votre prise de conscience de votre condition de regardeur. Notre rôle d’intensifie, nous devons être la physiquement ET intellectuellement.

2/ Un art conceptuel

Marcel Duchamp, Fontaine, urinoir en céramique, 1917.

L’objet est détourné. Vous aviez un tableau qui vous racontait une histoire, qui vous montrait quelque chose dans un répertoire de forme que vous connaissez. Là, ce n’est pas l’objet qui compte c’est l’idée qu’il dégage. L’art ne raconte plus, il agit. On pense très fort à Marcel Duchamp et son urinoir appelé « Fontaine » (1917). Il s’agit en fait d’une provocation, à travers un vulgaire objet du quotidien il se demande  « Quelles sont les caractéristiques qui définissent un objet en tant qu’oeuvre d’art ? ». Mais plus encore, il propose de présenter cette oeuvre à l’exposition annuelle de l’American Society of Independent artists. Elle est refusée pour raison d’indécence et de plagiat ( Traduction : ce n’est pas la création d’un artiste mais d’un plombier). Avec ce refus, Duchamp prouve que l’artiste n’est pas souverain, mais bien esclave des institutions culturelles qui gardent le pouvoir de définir ce qui fait l’art ou non.

 

3/ Un art militant

Felix Gonzalez-Torres, Sans titre( Les Etats-Unis aujourd’hui), bonbons enveloppés individuellement dans du cellophane rouge, argent et bleu, 1990.

L’art reflète en général les crises de la société. Je prends en exemple cette fois-ci une oeuvre qui reprend aussi ce qui a été dit avant. Il s’agit de « Sans titre » de Felix Gonzalez-Torres (1990). Il s’agit d’un tas de bonbons, des papillotes, aux couleurs des Etats-Unis (du bleu, du rouge et du blanc). Une oeuvre qui fait appel, au toucher, à la vue et au goût du spectateur. Les gens se servent en bonbons dans ce même tas, qui diminue au fur et a mesure. L’oeuvre évoque la détérioration qui précède la mort; l’instabilité du monde. Les frontières entre artiste et spectateur sont brouillées, puisque le spectateur devient acteur, il est plus qu’un observateur. Moralité de cette oeuvre : nous avons tous l’opportunité de nous impliquer, de changer l’équilibre de la société.

 

4/ Une place pour la culture populaire

Andy Warhol, Soupe Campbell, sérigraphie, 1968.

 

L’art contemporain offre une place de choix à la culture populaire. Les artistes essayent de rendre l’art accessible en utilisant de éléments visuels bien connu du grand public. Pour ma part, je pense que ça nous rend pas la lecture et la compréhension de l’oeuvre plus facile mais prenons comme exemple le fameux Andy Warhol et la « Soupe Campbell ». En reprenant l’image de la fameuse soupe, l‘artiste puise directement dans la culture populaire. D’autant plus que la tomate est la saveur la plus vendue de la marque. Pour Warhol, la société de consommation a un avantage : elle permet au pauvre de manger la même chose que les riches. En utilisant cette oeuvre, il souhaite transposer cette idée au domaine de l’art.

 

 

 

5/ De nouveaux matériaux

L’art contemporain, c’est l’entrée de nouveaux matériaux, autre que la peinture à l’huile, le marbre, le bronze… Les matériaux sont parfois périssables, manufacturé ect. Les artistes utilisent notamment de nouvelles technologies ! Pour ça je vous invite vivement à aller voir ce classement Topito : http://www.topito.com/top-artistes-technologies-numerique.

 

6/ L’art contemporain, c’est commercial.

Jeff Koons

 

Et cette partie est vivement critiquée. Avant, l’artiste était dépendant des commandes qu’on lui faisait, des mécènes, des collectionneurs. Aujourd’hui, il gère sa propre carrière, il travaille avec des galeries, doit être sont propre manager. Le mécène intervient dans la reconnaissance de l’artiste, dans la diffusion de son oeuvre. Pour illustrer cette partie je pense à Jeff Koons. Son art se situe entre les ready-made de Marcel Duchamp et le Pop Art d’Andy Warhol, tout en intégrant l’imagerie populaire américain. Il a une grande connaissance du fonctionnement du marché, ce qui lui a permit de faire fortune grâce a ses oeuvres. Il faut savoir que Jeff Koons était courtier à la bourse de Wall Street à New York avant d’étudier les arts plastiques à Baltimore et Chicago. 

 

 

Ce n’est que quelques conseils, pour ceux qui, comme moi, ont encore du mal à appréhender l’art contemporain. Il est pourtant nécessaire de comprendre même si l’on aime pas, si l’on a moins d’affinité avec certaines formes d’art. L’histoire de l’art ne s’apprécie pleinement que quand il y a une ouverture d’esprit.

 

Sources :

Susie Hodge, Pourquoi un enfant de 5 ans n’aurait pas pu faire cela: l’art moderne expliqué, Editions Marabout, Paris, 2013.

J’aime l’art contemporain VS il faudrait qu’on m’explique, JDS : https://www.jds.fr/magazine/le-match/j-aime-l-art-contemporain-vs-il-faudrait-qu-on-m-explique-68149_A

Parlons d’art contemporain : http://www.agavf.ca/pdf/AGAVF_parlons.pdf

L’art contemporain doit-il être expliqué, France Inter : https://www.franceinter.fr/culture/l-art-contemporain-doit-il-etre-explique

Le marché de l’art contemporain expliqué simplement, Le collectionneur d’art moderne.com : https://lecollectionneurmoderne.com/guide/le-marche-de-lart-explique-simplement/

 

 

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